Une campagne Waterkeeper tendant à arrêter la construction de la dernière usine de charbon proposée au Sénégal, permettant de maintenir le développement du pays sans charbon. - Waterkeeper

Une campagne Waterkeeper tendant à arrêter la construction de la dernière usine de charbon proposée au Sénégal, permettant de maintenir le développement du pays sans charbon.

By: Guest Contributor

Une campagne Waterkeeper tendant à arrêter la construction de la dernière usine de charbon proposée au Sénégal, permettant de maintenir le développement du pays sans charbon.

Ecrit par Hannah Petersen et Peter Harrison, photos par Peter Harrison

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Il reste difficile de savoir si la pêche sera toujours un mode de vie pour ce jeune garçon à Bargny

Au mois de Novembre dernier, quand le monde se préparait pour la réunion historique de l’ONU sur le changement climatique à Paris, appelé conférence des parties (COP21), près de 2000 personne se sont rassemblées dans le village traditionnel de pêcheurs à Bargny au Sénégal. Cette manifestation dirigée par le premier waterkeeper en Afrique, le Hann Baykeeper, Mbacké SECK et le Bargny coast waterkeeper Fadel WADE, ils ont rassemblé plus de cinq villages Sénégalais, dont chacun fait face à une menace d’installation d’une centrale au charbon. Ils sont tous unis avec le même message «  au charbon non » ou « non au charbon ».

Bargny située sur la côte atlantique Sénégalaise à 25 kilomètres de Dakar. C’est une communauté où les changements climatiques anthropiques en grande partie attribués aux émissions de carbone, a déjà fait des ravages. De la rue où démarre la marche dans un pâté de maisons, avec une plage jonchée de tas de gravats constitués de ruines d’habitations centenaires démolis quand une tempête sans précédent, causé par l’ouragan Fred du printemps dernier, a matraqué le village avec des vagues géantes. La puissante tempête comme Fred, causée par la hausse des températures océaniques et d’autres changements climatiques ont étendu plus que jamais à l’Est, menaçant de nombreux villages le long de la côte Ouest Africaine. Ces tempêtes devraient augmenter en intensité et en fréquence. L’océan atlantique le fondement de la vie et de la tradition à Bargny est aujourd’hui l’une des plus grande menace pour son avenir.

Le Sénégal, ainsi que de nombreux autres pays en développement, fait face à un dilemme sans précèdent. D’une part, l’une des ressource « moins chère » d’électricité, les centrales électriques au charbon, non seulement émettent des sources atmosphériques mortelles, polluent l’eau pour les communautés environnantes, mais exacerbe aussi le changement climatique qui affecte de manière disproportionnée les populations des pays en développement, qui sont souvent les plus vulnérables aux catastrophes naturelles. L’ancien secrétaire général des nations unies, Koffi Annan, a dit de l’Afrique « aucune région a moins contribué à la crise climatique, mais aussi aucune région ne paye un prix plus élevé ». Une déclaration qui montre la lutte du Sénégal pour atteindre à la fois le développement économique et la protection de l’environnement. Pour les participants à la marche pour le climat à Bargny, consommer plus de charbon ne peut faire partie de la solution à ce problème complexe.

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La foule animée de manifestants pour le climat a grandi, comme la procession avançait à travers les rues labyrinthiques de Bargny

Actuellement le Sénégal ne dispose pas de centrales électriques au charbon. Mais à moins de 500 mètres du village de Bargny se dresse la centrale de 125 mégawatts de Sindou en partie construite, alimentée au charbon. En 2008, un consortium Suédois soutenu par le gouvernement  du Sénégal a commencé à construire cette installation, Sendou est l’une de plusieurs nouvelles centrales au charbon en projet, qui en plus des émissions d’innombrables tonnes de dioxyde de  carbone, génèrent d’énormes quantités de cendres de charbon chargés de dizaines de produits chimiques toxiques de l’arsenic au zirconium qui seraient susceptibles de polluer les eaux souterraines, ainsi que les zones humides environnantes, les cours d’eau et même l’océan. L’usine utilisant un système d’eau de refroidissement, ce qui tuerait des millions d’organismes marins en aspirant d’énormes quantités d’eau de mer, puis verse cette eau à des températures approchant ou dépassant 100o F.

D’autres communautés au Sénégal sont confrontées à une situation similaire. Au Nord de Dakar se trouve la ville de Mboro, dont l’économie traditionnelle dépend des mangroves. Devant les inondations destructrices, survenant chaque année, il est devenu nécessaire de déplacer les fermes de mangrove à l’intérieur des terres. Le bois de mangrove sert comme combustible précieux et de matériaux pour la construction de maisons, mais les mangroves fonctionnent surtout comme habitat pour la vie de la mer, y compris les huîtres, qui ont permis à Mboro et d’autres villages côtiers à prospérer. Comme à Bargny, les effets des changements climatiques perturbent les écosystèmes et la vie quotidienne dans Mboro. Pourtant les autorités Sénégalaises et d’autres investisseurs internationaux  ont proposé une autre centrale au charbon à Mboro. En réponse, les villageois se sont rendus à plus de 100 kilomètres à Bargny pour marcher, tout comme les résidents de trois autres villages confrontés à des projets similaires de centrale au charbon.

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Les tempêtes qui ont frappé la côte Sénégalaise en 2014, ont causé des dommages sans précédent. Un pêcheur local dans le village de Bargny décrit la puissante tempête, avec son bateau de pêche reconstruit en arrière-plan

La marche pour le climat de Bargny, était à la fois une expression de la résistance locale et un appel à une action mondiale. Les waterkeepers et d’autres groupes communautaires qui ont organisé la marche dénommée la « déclaration de Bargny », un appel au président Macky Sall du Sénégal, lui demandant de prendre position contre les nouveaux projets de centrales au charbon à la COP21 à Paris. Ces communautés, face aux conséquences néfastes du changement climatique, lancent un appel pour l’annulation définitive du projet de construction de l’usine de Sindou et d’autres centrales en projet au Sénégal, et pour un changement national pour l’option des sources d’énergies renouvelables. La déclaration a également décrit les menaces que représente le charbon sur les ressources en eau, l’agriculture, les poissons et les autres animaux sauvages, la santé des populations et l’économie.

Pratiquement toute l’économie de Bargny est basée sur la pêche qui est menacée par le réchauffement climatique. Dans une étude des risques auxquels le sénégal est confronté, la Banque Mondiale a prédit que les températures dans la région augmente entre 1,1 et 3,1 degrés Celsius d’ici à 2060, et a noté que « le niveau de la mer augmenterait jusqu’à un mètre d’ici la fin du siècle, et cela mettrait au moins 110.000 personnes, principalement dans le sud du Sénégal, dans la région du Cap-Vert, aux risques d’inondations côtières ». Des types de précipitations sans précèdent, des tempêtes plus agressives et les changements du niveau de la mer seront également les causes de l’érosion côtière.

Selon Daouda « Larry » GUEYE, directeur exécutif de Bargny coast waterkeeper, l’avancé de la mer a fait de Bargny l’une des quatre zones les plus menacées au Sénégal. Les ravages causés par l’ouragan Fred a fait de nombreuses familles de Bargny et de la baie de Hann, qui ont perdu leurs maisons, des refugiés climatiques. En réponse au récent déplacement, les autorités locales de Bargny ont octroyé assez d’espace à l’intérieur pour reloger 1433 familles dont les maisons ont été détruites ou qui sont menacées par les ondes de tempêtes récurrentes.

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Bargny coast waterkeeper Fadel Wade (à droite), Hann Baykeeper Mbacké Seck (centre), consultant un chef religieux de Bargny avant la marche pour le climat. L’organisation de la marche a eu lieu en grande partie grâce à des réunions en face-à-face avec les chefs de village qui ont convaincu les membres de leurs communautés pour faire le voyage à Bargny.

Mais c’est une amère ironie que les terres accordées à la construction de la centrale au charbon chevauchent la terre promise à ceux dont les maisons ont été détruites. Une coalition de groupes d’intérêt public a déposé une contestation judiciaire, accusant les promoteurs de Sindou d’ignorer une disposition du code de l’environnement Sénégalais qui interdit la construction d’installations industrielles à moins de 500 mètres d’une habitation. Les groupes accusent les promoteurs de ne pas identifier les propriétaires légitimes de la terre, ainsi que les gens qui y habitaient avant le début des travaux et la construction d’un mur autour de la zone contestée. « Certains avaient déjà commencé à construire leurs maisons » a déclaré Fadel Wade, le waterkeeper de Bargny Coast Waterkeeper, « ils sont venus et ils ont chassé ceux qui avaient déjà construit ».

En plus de négliger les concessions de terres, Gueye et Wade ont souligné les données géographiques indiquant que le site de l’usine est à 139 mètres d’un site de transformation du poisson qui emploie 1000 femmes du village ; il est de 395 d’une garderie d’enfants et d’une case de santé ; 231 mètres des maisons que les personnes déplacées par les tempêtes avaient commencé à construire, et 520 mètres d’une école primaire.

« Notre objectif est de nous protéger de la mer », a déclaré Gueye, par traducteur. « Notre deuxième objectif est de lutter contre la centrale à charbon ».

La centrale de Sindou de 125 mégawatts, a été proposée pour combler la fourniture d’électricité, étant exigée durant la campagne sur un ambitieux programme de développement économique. La société nationale d »électricité du Sénégal a commandé la société Suédoise Nycomb development group synergetics pour le développer.

Selon un rapport de la Banque Africaine de développement, l’usine fournira environ 12 pour cent de la consommation annuelle d’électricité du pays prévu pour 2052, et contribue à stimuler la propagation du développement au Sud. Les pompes d’aspiration d’eau de refroidissement de la centrale de Sendou seraient à haute pression pour aspirer 15.000 mètres cubes d’eau de mer par heure. Une absence de filtre signifie que les poissons, ainsi que les œufs et autres formes de vie aquatique, seraient aspirés, écrasés ou bouillis par la chaleur produite. Ainsi le processus aurait une incidence sur la chaîne alimentaire telle que les générations d’œufs qui sont détruites.

« L’aspiration et le refoulement d’eau de mer seraient dans la zone de cogestion du milieu marin protégé, financée par la Banque Mondiale, qui vise à protéger un domaine d’approvisionnement et d’élevage important pour la restauration des ressources halieutiques » a déclaré Gueye. La libération soudaine et drastique de grandes quantités d’eaux chaudes, peut ainsi effacer des siècles d’adaptation à l’évolution des températures marines que les poissons ont subi, et des villages comme Bargny, qui dépendent si lourdement de la productivité marine, face à la disparition d’une économie et un mode de vie qui ont liés les gens aussi longtemps.

« Voilà la menace de la centrale », a déclaré Donna Lisenby, la directrice de la campagne clean and safe energy pour Waterkeeper alliance. «  si elle est construite, elle détruira la viabilité environnementale et économique d’un patrimoine de pêche historique et ce sera la dernière génération capable de suivre les traces de leurs pères et mères pour gagner leur vie de la mer ». Lisenby a voyagé au Sénégal en Mars 2015 pour former des Waterkeepers et d’autres dirigeants à but non lucratif, sur la meilleure façon d’organiser et de lutter contre les projets de construction de centrales électriques au charbon en utilisant des données et la science. Joignant Donna étant membre du conseil à Waterkeeper Alliance et professeur de droit Karl Coplan a partagé des informations sur les stratégies juridiques.

« Depuis le début, les promoteurs ont manipulé l’information en donnant des informations erronées au Maire et son conseil », a déclaré Gueye.

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Même si la construction de la centrale au charbon de Sindou a tourné au ralenti indéfiniment, les travailleurs continuent à vivre dans les dortoirs aux toits bleus temporairement sur le site de l’usine qui serait située à quelques centaines de pieds de Bargny, et encore plus proche des petits camps où les artisans fument le poisson afin qu’il puisse être expédié à l’intérieur du pays.

Au milieu de cette tromperie et la détermination pour terminer cette installation nocive, le personnel de Waterkeeper Alliance, y compris Lisenby, fournit aux Waterkeepers Sénégalais et d’autres leaders de la communauté des informations détaillées sur les problèmes de santé et environnementaux associés aux centrales électriques au charbon. Ils ont à leur tour sensibilisé les citoyens sur les menaces et la manière de les résister.

Les leaders « voulaient vraiment connaitre la vérité et la science afin qu’ils puissent ensuite les partager avec leurs communautés » a déclaré Lisenby.

En 2015, la construction de la centrale de Sendou a eu un arrêt du moins temporaire, en raison de problèmes de financement et de la résistance farouche des populations de Bargny. C’est ainsi que les Waterkeepers du Sénégal ont décidé d’accueillir la marche de Bargny pour le climat deux semaines avant la COP21 à Paris, pour souligner l’importance pour le président Sall de prendre une position ferme contre le charbon à la conférence. Wade a expliqué qu’il était important de procéder à la marche parce que les questions entourant les changements climatiques et la production de charbon ne sont pas seulement à Bargny, mais aussi sur la voie du développement que tout le Sénégal prendra.

Les données recueillies par la Banque Mondiale montrent que : 46.7 pour cent de 15.000.000 d’habitants du Sénégal tombent sous le seuil de la pauvreté. Il est clair que le pays, comme beaucoup d’autres en Afrique a désespérément besoin de développement afin d’élever son niveau de vie. Mais les émissions de dioxyde de carbone par habitant au Sénégal sont à 0.6 tonne métrique ; ce qui est nettement inférieur à celui des autres pays d’Afrique subsaharienne. Pour cette raison, le Sénégal est dans une position unique pour se concentrer sur le développement de sources d’énergie solaire et éolienne et renoncer au charbon.

Comme  l’a écrit Kofi Annan dans le « progress panel report 2015 », les dirigeants Africains ont toutes les raison de soutenir les efforts internationaux visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. En même temps, ils ont besoin de toute urgence plus de pouvoir pour stimuler et transformer leurs économies et d’accroître l’accès à l’énergie.

Ces objectifs potentiellement contradictoires ont été soulignés dans la déclaration de Bargny et un point culminant des déclarations du président Macky Sall à la COP21, où les engagements à des sources d’énergie renouvelables faits par les nations participantes, on l’espère des décisions de forme au sujet du charbon au Sénégal. Les waterkeepers des pays, d’autres leaders de la société civile, et les citoyens sont en position d’espérer. Deux des trois centrales au charbon proposées au Sénégal plus que probablement ont été définitivement annulées. Seule l’usine de Sendou à Bargny reste une menace. C’est l’ultime combat du pays dans sa batail de renoncer au charbon.

Hannah Petersen est une personne âgée de l’université Chapel Hill en Caroline du Nord où elle étudie les communications stratégiques et d’anthropologie.

Peter Harrison est un avocat dans le staff de Waterkeeper Alliance et occupe le rôle de coordinateur américain de la campagne du charbon.